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  • marjoriedraghi01

Famille, je vous (h)ai(s)me




« Cadre susceptible d’accueillir un ou plusieurs enfants » selon l’INSEE, la famille constitue, pour l’enfant qui naît, son premier lien au monde.

Basiquement, le nourrisson est totalement dépendant de ces personnes, au moins de l’une d’entre elles, qui daignera prendre soin de lui et répondre à ses besoins les plus élémentaires.

C’est au travers des interactions que l’enfant va avoir avec son entourage qu’il va pouvoir acquérir des qualités structurantes telles que définies par Erik Erikson au cours du 20ème siècle.

Et pourtant, quand le foyer devrait être un lieu de refuge, protecteur, pour de nombreux enfants il s’agit du lieu de toutes les souffrances au quotidien.

D’après l’UNICEF, en France, un enfant meurt sous les coups de ses parents tous les 5 jours!


Ces maltraitances qu’elles soient physiques, sexuelles, psychologiques, qu’il s’agisse de négligences, de privations, que l’enfant en soit victime ou témoin laissent des blessures profondes avec le risque de produire, chez l’adulte, une vulnérabilité sociale et affective qui impactera durablement son histoire de vie.

En aparté, pour moi la tendance de certains parents à surexposer la vie de leurs enfants sur les réseaux sociaux, ou encore à déléguer leur rôle à la technologie, constitue une forme émergente de maltraitance.


Dans le débat « La soirée continue » consacrée, le 22 novembre 2023, à l’enfance maltraitée en France, est relayée une information là aussi effroyable : près d’un quart des adultes déclarent avoir été victime de maltraitance dans leur enfance !


La fiction « Je suis né à 17 ans » met en évidence les séquelles chez l’adulte de ces actes de maltraitance infligés par des proches censés assurer la protection de l’enfant et lui offrir un cadre propice à son épanouissement.


Sujet encore tabou, l’enfant victime se retrouve pris dans un conflit de loyauté ou de protection vis à vis des proches maltraitants : se protéger ou protéger ses bourreaux :dilemme insupportable.


Il m’est arrivé d’échanger avec certains adultes dont l’histoire laissait apparaître le spectre de la maltraitance mais édulcorée, comme dédouanée par des « c’était une éducation très patriarcale, à la dure, mais je n’en suis pas mort », « je n’étais pas un enfant facile, ça m’a permis de pousser droit », « mes parents n’avaient pas eu une enfance facile non plus ».


Les différentes formations que j’ai suivies, les interactions que j’ai pu avoir alors, m’ont permis une nouvelle compréhension de la manière dont l’identité d’un individu se constitue : un continuum de chaque instant impacté par la manière de gérer les « accidents de la vie » au moment où ils surviennent.

J’insiste sur ce dernier point car les capacités, physiques, physiologiques et psychologiques d’un tout-petit ne sont pas celles d’un individu plus âgé et, a fortiori, d’un adulte.


En effet, avec l’âge des compétences sont acquises, des compréhensions se font, une manière d’envisager différemment les choses ou de réécrire l’histoire se met en place et toutes ces nouvelles capacités peuvent permettre de relativiser, du moins intellectuellement, ce qui s’est passé de traumatisant durant son enfance, adoptant peut-être inconsciemment l’attitude des adultes d’alors qui n’ont pas pu ou su protéger le petit.


Mais cette mise à distance, ce déni en quelque sorte, d’une part de nous, souffrante, reste alors seule avec ce qu’elle a vécu, sans reconnaissance, et elle peut se manisfester chez l’adulte par des peurs persistantes, des réactions incompréhensibles vis à vis d’éléments a priori anodins : une porte qui claque, un mot, un regard, un geste.


Une phrase qui m’accompagne dans ma prise en charge des adultes en souffrance de leur enfance et que je vous partage afin que vous puissiez la faire vôtre est « je n’ai besoin d’accabler personne pour rejoindre la part souffrante du petit que j’ai été ».


Ne laissez plus cette part souffrante de vous, seule. Soyez l’adulte qui lui apportera le réconfort, la tendresse, la sécurité dont elle a tant manqué alors qu'elle en avait tant besoin.



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